Tout le monde connaît les ammonites, mollusques céphalopodes et lointains cousins des nautiles, qui colonisaient les mers et les océans du Mésozoïque sur l’ensemble du globe. Pour leur aspect esthétique, ces fossiles enroulés trônent un peu partout dans nos habitats, soit derrière la vitrine d’une collection paléontologique ou encore comme objet décoratif dans le dernier film de James Bond.
La forme la plus classique est la suivante, une spiralée avec de nombreuses décorations (épines, côtes…) :

Reconstitution d’une ammonite

(Dessin du Muséum National de Stockholm)

Mais vers la fin de leur règne, à force de surspécialisation, d’adaptation à leurs différents milieux, elles ont progressivement pris des formes pittoresques : il s’agit des ammonites à coquille déroulée.
Ainsi lors des missions de l’IGAL (Institut Géologique Albert-de-Lapparent) dans les années 1980-90 dans les Pyrénées espagnoles, les enseignants et étudiants ont fait la connaissance d’une de ces curiosités : la Bostrychoceras. Ce genre d’ammonite à coquille plus ou moins déroulée et à grosses costulations ressemble davantage à un escargot qu’à une ammonite !

La fameuse Bostrychoceras découverte par F. Bouticourt et B. Proudhon
(Collections UniLaSalle, beauvais)

Reconstitution d’une Bostrychoceras

En classant ces nouveaux fossiles dans les collections stratigraphiques de l’Institut Polytechnique UniLaSalle à Beauvais, nous nous sommes aperçus que la Bostrychoceras n’était pas des animaux inconnus de nos tiroirs ! De plus anciens géologues en avaient déjà récoltées et classées, provenant des strates du Crétacé malgache et du Sultanat d’Oman !

Fossiles de Bostrychoceras du Crétacé malgache
(Collections UniLaSalle, Beauvais)

Fossiles de Bostrychoceras du Crétacé malgache
(Collections UniLaSalle, Beauvais)

Outre leur aspect atypique, elles constituent à la fois un bon fossile dateur (le Crétacé terminal) et le témoin d’un environnement caractéristique des plateformes carbonatées profondes. Ainsi dans les Pyrénées espagnoles, au niveau des massifs du San Corneli et de Boixols, plusieurs espèces de Bostrychoceras ont été trouvées sur une zone étendue. Elles proviennent toutes de la même formation, ce qui a permis de faire des corrélations stratigraphiques précises de la période Santonien terminal – Campanien supérieur. Cet intervalle de temps géologique est important pour les géologues car il marque le début de la tectonique compressive qui va modeler le paysage actuel si tourmenté de cette belle région des Pyrénées.

Fossiles de Bostrychoceras rapportés lors des missions IGAL dans les Pyrénées
(Collections UniLaSalle, Beauvais)

Aperçu du massif de Boixols, dans les Pyrénées espagnoles
(Photographie Benoît Proudhon)

Pour continuer notre histoire, il existe bien d’autres ammonites à coquilles déroulées, avec des formes encore plus improbables. Citons la Nipponites – l’ammonite en pelote de laine – et bien d’autres, … On peut se demander comment de tels animaux faisaient pour se déplacer.

Dessin d’une Nipponites
(Thomel, 1980)